La vie d’après

« Retour à Fukushima », de Thomas Licata.

Les premiers plans de Retour à Fukushima font penser à l’une de ces dystopies postapocalyptiques telles qu’elles fleurissent en nombre sur les écrans. Sauf qu’on est là dans la réalité, celle de la zone d’exclusion de la préfecture de Fukushima, où le documentariste belge Thomas Licata a décidé de porter sa caméra près de quinze ans après la catastrophe nucléaire pour partir à la rencontre de ceux y vivent, un processus de repopulation ayant été initié en 2017 par le gouvernement japonais. Direction Namie, petite bourgade tenant de la ville fantôme, enclave bétonnée aménagée au coeur d’une nature sauvage et radioactive dans le cadre d’une campagne de décontamination, de reconstruction et de « normalisation ». Un voeu pieux, à en juger par les rues désertes, les compteurs mesurant le taux de radioactivité omniprésents, ou encore les hauts-parleurs invitant les rares habitants à s’être aventurés à l’extérieur à rentrer chez eux. Soit l’ordinaire de madame Kokubun, l’un des trois personnages autour desquels gravite le film, modèle de placidité qui, arpentant le terrain rendu à la nature où s’élevait la maison familiale, concède néanmoins qu’elle aimerait voir les autorités présenter des excuses. A quoi s’oppose la véhémence de monsieur Yoshizawa, activiste consacrant son énergie à alerter sur les risques du nucléaire et le coût de l’électricité – notamment lors de happenings où il harangue les habitants de Tokyo du toit de sa camionnette dans une indifférence quasi générale. Ce, tandis que monsieur Ito, mesure inlassablement le taux de contamination des plantes qu’il cueille dans la région – il faudra 300 ans pour éliminer toute trace de Césium 137, observe-t-il, précisant, dans un large sourire, « Je bouillonne de colère ».

Retour à Fukushima est un film étonnant. Nul didactisme dans la démarche de Thomas Licata, qui s’efface derrière ses trois témoins et une nature souveraine pour dresser un état des lieux intime et sensible de la vie d’après la catastrophe. En prise sur « la réalité d’un accident nucléaire », son documentaire privilégie l’humain tout en générant questions et réflexions sur le recours au nucléaire. Le tout, en s’autorisant un détour par la culture populaire nippone – l’ombre de Godzilla, le monstre irradié de Ishiro Honda, plane sur le film – et des pointes d’humour, la visite inopinée d’un représentant en antidiarrhéique pour veaux dans une région où ne subsiste qu’un troupeau contaminé étant digne d’un épisode de Strip-Tease. Fascinant et interpellant.

Retour à Fukushima

Documentaire de Thomas Licata.

cote: 4/5

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