Cadre dans une entreprise de papier, Man-su est un homme comblé, menant une vie heureuse avec sa femme Miri, leurs deux enfants et leurs deux labradors dans une villa tout confort. Son monde s’écroule toutefois lorsque les nouveaux patrons américains de sa société le licencient après 25 ans de bons et loyaux services au son d’un « No Other Choice » lapidaire pour cause de restructuration et d’automatisation de la production. Dévasté mais refusant de renoncer à son statut social et à son train de vie, Man-su va échafauder un plan simple et tordu à la fois pour retrouver un emploi à la mesure de son expertise : éliminer ses concurrents potentiels après les avoir appâtés avec une fausse annonce, et s’assurer de la sorte un poste en vue laissé vacant. Et d’entamer une double vie avec une frénésie criminelle insoupçonnée…
Vingt ans après Costa-Gavras, c’est au tour de Park Chan-wook d’adapter le roman Le couperet, de Donald Westlake. Maniant la satire avec délice, le réalisateur de Old Boy reste aussi fidèle à un cinéma de genre qu’il affectionne tout particulièrement, passant de la comédie noire au thriller au gré des trois actes du récit qu’il agrémente encore de quelques audaces narratives ponctuées de touches trash. Soutenu par une mise en scène virtuose, le résultat est un pur régal, l’entreprise absurde et délirante de Man-su – impeccable Lee Byung-hun – permettant au cinéaste de porter un regard critique sur la réalité coréenne et au-delà, No Other Choice dépeignant, sous ses airs de farce, un système où la violence sociale est la règle et l’hypocrisie son corollaire, le néolibéralisme brutal s’épanouissant au détriment de l’individu. Soit une chronique du déclassement social en prise sur l’air désenchanté du temps. Et une satire féroce et cinglante se révélant, en définitive, aussi glaçante que grinçante. A voir.
No Other Choice
Comédie noire/Thriller de Park Chan-wook. Avec Lee Byung-hun, Son Yejin, Park Hee-soon.