A Day at the Berlinale (1) : Leyla Bouzid s’empare d’un tabou en douceur

Hiam Abbass et Eya Bouteraa © 2025 – UNITE

Troisième long métrage de la cinéaste tunisienne Leyla Bouzid, révélée il y a dix ans par A peine j’ouvre les yeux, A voix basse a ouvert en douceur la compétition de la 76e Berlinale. Le film débute alors que Lilia (Eya Bouteraa), une jeune ingénieure parisienne, revient dans la maison familiale, à Sousse, à l’occasion des funérailles de son oncle. Déterminée à en savoir plus sur les circonstances troubles de sa mort – on l’a retrouvé à moitié nu en rue -, la jeune femme se heurte aux réticences de sa maman, Wahida (Hiam Abbass), et de sa tante, Hayet (Feriel Chamari), qui veulent ménager Mamie Néfissa (Salma Baccar). Naviguant parmi les secrets de famille et les non-dits, Lilia découvre que son oncle était homosexuel, ce qu’il avait dissimulé à sa mère et n’avait pas manqué d’impacter la vie de son entourage. Une situation n’étant pas sans faire écho à la sienne, elle dont sa famille ignore tout de la vie qu’elle partage avec sa compagne, Alice (Marion Barbeau), discrètement déposée à l’hôtel lors de leur arrivée en Tunisie…

Leyla Bouzid a toujours veillé à faire cohabiter l’intime avec le politique. Une disposition que confirme A voix basse, où la réalisatrice D’une histoire d’amour et de désir s’empare du tabou de l’homosexualité en Tunisie, où elle est frappée d’un interdit légal. La cinéaste a le trait délicat pour faire sentir le poids de la culture et de la tradition ainsi que leur persistance; sensuel aussi au moment de filmer la circulation du désir, même contrarié. Elle signe une chronique sensible et feutrée, portée par un magnifique ensemble d’actrices emmenées par la lumineuse Eya Bouteraa, épatante révélation de ce joli film.

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