Rien ne destinait a priori Ceslaw Jan Bojarski (Reda Kateb) à devenir un faussaire de génie. Ingénieur polonais ayant trouvé refuge en France pendant la Seconde Guerre mondiale, cet homme modeste est avant tout un inventeur hors pair, son statut d’émigré sans état civil l’empêchant toutefois de déposer des brevets pour ses multiples trouvailles – stylo à billes, chaise réglable ou autre dosette de café -, et le vouant à la précarité… Si bien que, les circonstances de la vie aidant, il se spécialise bientôt dans la contrefaçon, passant de la confection de faux papiers à celle de faux billets. Menant une double vie à l’insu de sa femme Suzanne (Sara Giraudeau) et de son entourage, Bojarski s’emploie, mû par son perfectionnisme et un besoin de reconnaissance, à faire de son activité illicite un art – on le surnommera le « Cézanne de la fausse monnaie ». Non sans entamer un audacieux jeu du chat et de la souris avec le flic le traquant sans relâche, l’énigmatique inspecteur Mattei (Bastien Bouillon).
Ce destin hors norme, Jean-Paul Salomé (La syndicaliste) s’en empare dans un film d’un classicisme assumé, adoptant, plutôt que celle d’un biopic poussiéreux, la forme d’un polar vintage à l’atmosphère simenonienne. Le résultat est emballant, L’affaire Bojarski vibrant d’un puissant élan romanesque tout en reconstituant minutieusement le parcours de son personnage, avant de se resserrer dans un crescendo de suspens autour du mano a mano fascinant entre l’artiste faussaire (qui allait jusqu’à discrètement « signer » ses oeuvres) et le policier chargé de l’arrêter – impeccablement interprétés par Reda Kateb et Bastien Bouillon. Ce qui s’appelle de la belle ouvrage.
L’Affaire Bojarski
Thriller historique de Jean-Paul Salomé. Avec Reda Kateb, Bastien Bouillon, Sara Giraudeau.