Adaptations ou évocations, on ne compte plus les films ayant revisité, avec un inégal bonheur, l’oeuvre et l’existence de Shakespeare. Adapté par Chloé Zhao du roman éponyme de Maggie O’Farrell, Hamnet s’écarte sensiblement de ce corpus imposant, imaginant la genèse de Hamlet, la pièce la plus fameuse du barde d’Avon, en faisant le choix de l’intime. Située au coeur du 16e siècle, l’histoire s’ouvre sur le coup de foudre aimantant Agnès (Jessie Buckley), « fille de la forêt » à l’esprit libre, et William (Paul Mescal), prof de latin désargenté. Leur amour incandescent est plus fort que l’opposition de leur entourage, de leur union naissant trois enfants, laissés pour l’essentiel à la garde de leur mère, Will ayant quitté le bourg de Stratford-upon-Avon pour tenter sa chance comme dramaturge à Londres. Moment où la peste frappe leur fils Hamnet, la tragédie achevant de distendre les liens du couple, de la douleur jaillissant l’inspiration qui conduira à Hamlet…
Cette histoire, la cinéaste sino-américaine Chloé Zhao, oscarisée pour le magnifique Nomadland puis marvélisée avec le dispensable Eternals, choisit de la raconter du point de vue d’Agnès, coeur battant du drame qui se noue à l’écran. Porté par une mise en scène sensorielle – on pense, par endroit, au Wuthering Heights d’Andrea Arnold – et un souffle romanesque puissant, idéalement servi par un duo d’interprètes à l’alchimie vibrante, son Hamnet est une oeuvre ultrasensible sur l’amour et le deuil, mais aussi le pouvoir de la création. Tendu vers un final cathartique bouleversant, ce film d’une densité et d’une force exceptionnelles compte d’ores et déjà parmi les opus majeurs de 2026. A voir.
Hamnet
Drame de Chloé Zhao. Avec Jessie Buckley, Paul Mescal, Joe Alwyn, Emily Watson.