On avait quitté Paolo Sorrentino sur Parthenope, lettre d’amour à sa ville de Naples doublée d’une rêverie sur le fil d’une jeunesse s’évaporant inexorablement. Un an plus tard, La Grazia le ramène à Rome, théâtre notamment de La Grande Bellezza, pour un drame intime traçant le portrait d’un homme à l’automne de sa vie. Cet homme, c’est Mariano De Santis (Toni Servillo), président de la république italienne ayant survécu à six crises gouvernementales, comme il se plaît à le souligner – ce n’est pas pour rien qu’on le surnomme « béton armé ». Un individu posé et réfléchi, mais n’ayant jamais surmonté la disparition de sa femme Aurora, huit ans plus tôt. Et qui, à la veille du « semestre blanc » consacrant la fin de son mandat, se trouve confronté au dilemme moral posé par deux recours en grâce sur lesquels il lui faut statuer, sans compter la loi sur l’euthanasie que sa fille Dorothea (Anna Ferzetti), juriste comme lui en plus d’être sa plus proche conseillère, le presse de signer. Circonstances à même d’entamer la carapace de cet homme de pouvoir, soudain rattrapé par le doute et les questionnements existentiels dans sa recherche de vérité…
Retrouvant Toni Servillo, son acteur-fétiche, impérial sous les traits de cet individu volontiers indéchiffrable, Paolo Sorrentino renoue aussi avec un pan de sa filmographie, La Grazia semblant faire le lien entre Il Divo et La Grande Bellezza. Une partition inscrite au confluent du politique et de l’intime que le cinéaste exécute avec un soin d’orfèvre, s’immisçant au coeur d’une réflexion personnelle aux contours sinueux pour donner à son propos une ampleur rare, le tout conduit avec une souveraine légèreté et parsemé de ces fulgurances esthétiques dont il a fait sa signature. Oeuvre de maturité, La Grazia séduit par sa profondeur, bouleverse par sa mélancolie feutrée et éblouit par sa richesse formelle. L’intelligence et l’élégance, pour détourner l’un des dialogues d’un film touché par la grâce.
La Grazia
Drame de Paolo Sorrentino. Avec Toni Servillo, Anna Ferzetti, Milvia Marigliano.