Depuis son divorce, Sana (Eye Haïdara) fait front dans la galère, naviguant entre deux boulots tout en s’occupant de ses deux jumeaux (Leonis et Teoudor Pinero Müller), à qui elle a promis des vacances de printemps. Le plan lyonnais initialement prévu avec Jules (Jules Waringo), son nouvel amoureux, se révélant impraticable, elle se résout à contre-coeur et sur l’insistance des enfants à emmener la petite smala à Saint-Tropez, où son ex-belle-famille possède une luxueuse seconde résidence. Et d’investir les lieux désormais interdits en toute discrétion, une tension sourde présidant à ces vacances clandestines tandis qu’aux échappées belles à la plage répond la crainte de se faire repérer…
Comme pour plusieurs de ses opus précédents – Elève libre, Les Intranquilles… – Joachim Lafosse s’est inspiré de ses souvenirs personnels pour écrire Six jours, ce printemps-là, revenant sur un épisode fondateur de son enfance. Mais si le film traite de la fin de l’insouciance, comme des déflagrations provoquées par une rupture et ses suites, le cinéaste y imprime une douceur inédite, s’attachant surtout au lien indéfectible unissant cette mère – Eye Haïdara, exceptionnelle – à ses enfants, en s’appuyant sur une mise en scène combinant lumineuse fluidité et suspens discrètement étouffant d’un polar. Il y ajoute, l’air de rien, une dimension politique, traitant tout en finesse du déclassement social, manière de raccrocher le film à l’humeur de l’époque, sans pour autant y succomber…
Six jours, ce printemps-là
Drame de Joachim Lafosse. Avec Eye Haïdara, Jules Waringo, Leonis Pinero Müller, Teoudor Pinero Müller, Damien Bonnard, Emmanuelle Devos.