En 1983, François Mitterrand (Michel Fau) lance, dans le cadre de la politique de Grands Travaux qui marquera ses deux septennats, un concours international pour la conception de la Grande Arche de la Défense, appelée à prolonger la perspective courant du Louvre à l’Arc de Triomphe. A la surprise générale, le lauréat est un illustre inconnu, Johan Otto von Spreckelsen (Claes Bang), architecte danois de 53 ans n’ayant jamais bâti que sa maison et quatre églises. Dandy vaguement excentrique, ce dernier débarque à Paris accompagné de sa femme Liv (Sidse Babett Knudsen) avec la ferme intention de réaliser son « Cube » à l’abri du moindre compromis, son intransigeance se heurtant toutefois à la réalité et aux contingences politiques françaises…
Megalopolis de Francis Ford Coppola, The Brutalist de Brady Corbet (auquel une scène tournée dans les carrières de marbre de Carrare relie L’inconnu de la Grande Arche) : les architectes n’ont jamais été autant prisés des cinéastes. Adaptant l’ouvrage La Grande Arche, de Laurence Cossé, Stéphane Demoustier (Borgo) s’intéresse plus particulièrement à la rencontre entre l’obsession d’un bâtisseur énigmatique (l’épatant Claes Bang) et l’ambition d’un président visionnaire (Michel Fau, tout en ironie madrée). La matière d’un film fascinant, plongée savoureuse dans les coulisses de la mitterrandie qui permet au réalisateur d’explorer les rapports entre artistes et pouvoir. Mais aussi d’opposer, dans un geste non dénué de mélancolie, les rêves et le vertige créatif à un pragmatisme comptable qu’amplifiera le retour de la droite aux affaires. Manière aussi d’instruire un dialogue avec le présent, achevant de faire de ce portrait sobre et acéré d’un architecte oublié une franche réussite.
L’inconnu de la Grande Arche
Drame biographique de Stéphane Demoustier. Avec Claes Bang, Swann Arlaud, Michel Fau, Sidse Babett Knusden, Xavier Dolan.