A Day at the Mostra (5) : la famille selon Jim Jarmusch

Luka Sabbat et Indya Moore © Carole Bethuel Vague Notion.

Six ans après The Dead don’t Die, comédie zombie mineure, Jim Jarmusch revient dans Father Mother Sister Brother à l’essence minimaliste de son cinéma. Renouant avec le film à sketches, un genre qui lui réussit – voir Night on Earth -, le cinéaste new-yorkais s’y penche sur les liens familiaux à travers trois histoires cultivant un sens aiguisé du décalage feutré. Se déroulant dans le nord-est des Etats-Unis, Father, le premier segment, relate la visite d’un frère (Adam Driver) et sa soeur (Mayim Bialik) à leur père désargenté (Tom Waits) qu’ils n’ont pas vu depuis deux ans, et dont ils ont tout lieu de croire qu’il devient sénile. Le trio n’a guère que les banalités d’usage à échanger, et la non-conversation glisse d’une fausse Rolex à la question de savoir si l’on peut porter un toast avec de l’eau, le comique de la situation n’empêchant pas un malaise diffus de s’installer. Cap sur Dublin pour Mother, où une mère (Charlotte Rampling), autrice de best-sellers, attend ses deux filles (Cate Blanchett et Vicky Krieps) pour leur retrouvailles annuelles. Là encore, le trio n’a pas grand-chose à partager, Jarmusch observant d’un oeil ludique un ballet de convenances dont nulle n’est dupe. Vient enfin Sister Brother, le segment parisien, où un frère (Luka Sabbat) et sa soeur (Indya Moore) se retrouvent pour une dernière visite à l’appartement de leurs parents, disparus récemment; un binôme uni celui-là par une profonde complicité sous le regard bienveillant de Françoise Lebrun et du réalisateur.

Soit trois histoires en formes d’installations délicates pour une observation apaisée, bienveillante et pénétrante de cette famille que l’on ne choisit pas mais avec laquelle il nous faut vivre. Et, à l’instar du formidable Paterson avant lui, un film évoquant une succession de haïkus que Jarmusch s’amuse à faire dialoguer, rimes et répétitions à l’appui. Pour, sous sa modestie revendiquée, livrer une réflexion subtile sur l’existence, ce qui nous lie et ce qui nous sépare, et ce que le temps entame, inexorablement. Le tout, sans se départir d’un sens irrésistible de la comédie décalée, et en réservant à ses comédiens, Tom Waits le premier, génial sous les traits d’un patriarche apparemment égaré, des partitions de choix. Une perle.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *