Huit ans après avoir enchanté Venise avec The Shape of Water, Guillermo Del Toro retrouvait le Lido avec Frankenstein, assurément l’un des films les plus attendus de cette 82e Mostra. Le réalisateur du Labyrinthe de Pan confie dans sa note d’intention que son film constitue l’aboutissement d’une quête entamée dès l’âge de sept ans, lorsqu’il découvrit l’adaptation du roman de Mary Shelley réalisée par James Whale en 1931, avec Boris Karloff dans le rôle du monstre. S’inscrivant dans la vague récente de relectures de classiques gothiques (après l’étincelant Nosferatu de Robert Eggers et le piteux Dracula de Luc Besson), son Frankenstein s’ouvre en 1857 près du pôle Nord, lorsque l’équipage d’un navire danois prisonnier des glaces recueille un homme mal en point traqué par une créature dévastatrice et indestructible. Cet homme, c’est Victor Frankenstein (Oscar Isaac), qui se lance alors dans le récit de son histoire, celle d’un scientifique brillant mais tourmenté qui, hanté par la disparition prématurée de sa mère adorée, va s’employer à triompher de la mort en créant un homme éternel. Une entreprise semblant vouée à l’échec jusqu’au jour où il rencontre un marchand fortuné (Christoph Waltz) disposé à financer ses recherches. Composée au départ de cadavres recueillis sur les champs de bataille, sa Créature (Jacob Elordi) prend vie par une nuit d’orage dans un château désolé des environs de Vaduz, pour bientôt échapper au contrôle de son créateur, et entamer une errance sans fin…
Production Netflix, ce Frankenstein, qui consacre le retour de Guillermo Del Toro au film de monstre, en impose assurément, de ses décors impressionnants à son casting qui en jette emmené par un Oscar Isaac survolté dans le rôle du savant fou se rêvant dieu, et jusqu’à sa mise en scène que l’on aurait aimée moins tonitruante. Le cinéaste mexicain n’a guère habitué à la demi-mesure en effet, et ce conte gothique, s’il recèle quelques moments de pure magie, semble aussi toujours tenté par le trop-plein – d’effets spéciaux (riquiquis par endroits), de violence, de (bonnes) intentions, et l’on en passe… Le réalisateur n’en déploie pas moins une vision humaniste au coeur de cette fable sur la différence et l’altérité illustrant que le monstre n’est pas toujours celui que l’on croit. Mais si le film est sans conteste un divertissement spectaculaire, lui manque, en dépit des efforts de Jacob Elordi, la poésie et le romantisme qui faisaient le charme, suranné il est vrai, de la version de James Whale…