A Day at the Mostra (3) : Valérie Donzelli, en toute modestie

Bastien Bouillon © Christine Tamalet.

Huitième long métrage de Valérie Donzelli, son premier présenté en compétition à Venise, A Pied d’oeuvre, d’après le récit autobiographique éponyme de Franck Courtès, relate, tout en finesse, un déclassement social. Celui de Paul Marquet (Bastien Bouillon, remarquable d’intensité contenue), un homme ayant décidé un jour de changer de vie, abandonnant une lucrative carrière de photographe pour celle, aléatoire, d’écrivain. Si les débuts ont été encourageants, il lui faut aujourd’hui déchanter, et quand son éditrice (Virginie Ledoyen) recale son quatrième roman, Histoire d’une fin – sur sa rupture avec sa femme (Valérie Donzelli), partie s’installer au Canada avec leurs deux grands enfants -, Paul découvre, en plus de la solitude, une autre réalité, celle de la pauvreté : « Deux ou trois cents euros par mois, ce n’est pas la misère, mais on commence à en avoir une vue bien dégagée. » Et de s’inscrire sur « jobbing », multipliant les petits boulots payés au lance-pierre – la plateforme fonctionne suivant le principe des enchères décroissantes – afin de se ménager du temps pour écrire dans le petit studio en entresol où il a dû se résoudre à s’installer.

Valérie Donzelli filme sobrement et à l’abri d’un quelconque misérabilisme la trajectoire de cet homme faisant le choix de la liberté au prix d’un déclassement assumé et de l’incompréhension de son entourage. Recourant occasionnellement à une voix off pour restituer la langue et les réflexions de Courtès, la cinéaste réussit à traduire la précarité du métier d’écrivain, mais aussi à cerner la dérive d’un monde livré au libéralisme décomplexé, avec la litanie des jobs épuisants et des humiliations, l’exploitation au quotidien, la déshumanisation des plateformes et des algorithmes vendant l’illusion de la liberté. « Ecrire, c’est entretenir un feu qui ne demande qu’à s’éteindre », observe Paul Marquet. Drame social inspiré, A pied d’oeuvre trace aussi, sous son apparente modestie, le portrait d’un homme réussissant, l’air de rien, à se réinventer, toujours digne, sur la page blanche de sa nouvelle existence. Fort.

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