En 2021, alors qu’il va enfin pouvoir entamer le tournage de Megalopolis, le projet qu’il porte depuis plus de trente ans et dans lequel il va injecter toute sa fortune – 120 millions de dollars -, Francis Ford Coppola propose à Mike Figgis d’en filmer le making of. Le résultat, c’est Megadoc, un documentaire présenté dans le cadre des Venice Classics, pour lequel le réalisateur de Leaving Las Vegas a bénéficié d’une appréciable liberté de ton et de mouvement. Fascinant, le film l’est à plus d’un titre, et avant tout pour le regard à la fois aiguisé et panoramique qu’il porte sur le processus créatif du réalisateur de The Conversation, balayant un spectre allant des répétitions sous forme de petits jeux entre les comédiens – manière, explique-t-il, de créer une complicité -, à une approche organique du tournage – il n’aime rien tant que la combinaison de cinéma et de théâtre -, sans oublier un goût prononcé pour les expérimentations techniques. Et l’on en passe, comme sa façon de jongler avec le chaos – Coppola n’a pas réalisé Apocalypse Now pour rien, entreprise hors-norme que documentait un précédent making of, le prodigieux Hearts of Darkness : A Filmmaker’s Apocalypse, signé par sa femme Eleanor.
Si Figgis ne s’appesantit pas plus sur les tenants et aboutissants de Megalopolis que sur sa genèse – un format de série aurait été plus approprié -, il n’en a pas moins eu accès à diverses archives qui mettent le propos en perspective, et notamment aux lectures des comédiens attachés au projet à l’orée du 21e siècle, les Robert De Niro, Billy Crudup ou autre Uma Thurman. Wow, le personnage qu’elle devait interpréter, a finalement été attribué à Aubrey Plaza, et cette dernière s’exprime sans filtre devant sa caméra, au même titre d’ailleurs qu’un Shia LaBeouf, cash (et souvent fort drôle) quand il raconte combien il était au fond du trou quand Coppola lui a proposé le rôle de Clodio – « J’étais au-delà de persona non grata, j’étais nucléaire » – comme lorsqu’il évoque la relation conflictuelle l’ayant opposé au réalisateur, et sa crainte d’être débarqué du film. Megadoc ne fait en effet aucun mystère des frictions et tensions ayant envenimé le tournage, Coppola licenciant d’ailleurs une partie de l’équipe en cours de route en raison de divergences artistiques – de quoi alimenter des rumeurs de catastrophe industrielle. Mais à un Figgis observant qu’il semble s’épanouir dans le chaos, le réalisateur du Parrain oppose un non catégorique. « Je travaille en vitesse rapide, et tout le monde fonctionne au ralenti », grince le cinéaste, ne masquant pas, par endroit, son exaspération, sans que son ardeur ne s’en trouve entamée. Interrogé sur la première impression que lui avait laissée Francis Ford Coppola alors qu’il était assistant sur Finian’s Rainbow, son ami George Lucas opte pour « flamboyant ». On ne saurait mieux dire, et Megadoc trace aussi le portrait d’un artiste rêveur et pragmatique à la fois, démiurge doué d’une foi en sa vision à même de surmonter les obstacles et de transcender les échecs. Passionnant.
‘est le même qui soutient un peu plus loin, sur un ton mi-sérieux : « Je suis un réalisateur de seconde zone, mais un réalisateur de seconde zone de premier ordre ». Le film de Mike Figgis nous dit le contraire, traçant le portrait d’un artiste rêveur et pragmatique à la fois, démiurge doué d’une foi en sa vision à même de surmonter les obstacles et de transcender ses échecs… Passionnant.