Démarrage en beauté pour la 82e Mostra de Venise qui proposait, en ouverture, La Grazia, de Paolo Sorrentino. Quatre ans après y avoir présenté The Hand of God, une lettre d’amour à sa ville de Naples, le réalisateur retrouve le Lido avec un drame intime s’attachant à la personnalité de Mariano De Santis (Toni Servillo), président de la république italienne ayant survécu à six crises gouvernementales, comme il se plaît à le souligner – ce n’est pas pour rien si on le surnomme « béton armé ». Un homme posé et réfléchi, mais n’ayant jamais surmonté la disparition de sa femme Aurora, huit ans plus tôt. Et qui, à six mois de la retraite, se trouve confronté au dilemme moral posé par deux recours en grâce sur lesquels il doit statuer, en plus de la loi sur l’euthanasie que sa fille Dorothea (Anna Ferzetti), juriste comme lui en plus d’être sa plus proche conseillère, le presse de signer. De quoi entamer la carapace de « béton armé », soudain rattrapé par le doute et les questionnements existentiels dans son incessante recherche de vérité…
Retrouvant Toni Servillo, son acteur-fétiche, impérial sous les traits d’un homme volontiers indéchiffrable, Paolo Sorrentino renoue aussi avec un pan de sa filmographie, La Grazia semblant faire le lien entre Il Divo et La Grande Bellezza. Une partition inscrite au confluent du politique et de l’intime que le cinéaste exécute avec un soin d’orfèvre, s’immisçant au coeur d’une réflexion personnelle aux contours sinueux pour donner à son propos une ampleur et une densité rares, le tout avec une souveraine légèreté parsemée de fulgurances esthétiques. Portrait d’un homme arrivé à l’automne de sa vie, La Grazia séduit par sa profondeur, bouleverse par sa mélancolie feutrée et éblouit par sa richesse formelle. L’intelligence et l’élégance, pour détourner l’un des dialogues d’un film touché par la grâce.