83e Mostra : palmarès de choix pour édition en demi-teinte

Mathilde Arcel dans « Woman Unknown », de May el-Toukhy © Andrejs Strokins.

Présenté en ouverture, Ink, de Danny Boyle, sur la figure controversée de Rupert Murdoch et la dérive de la presse dont il serait l’un des acteurs, l’avait annoncé : la 83e Mostra de Venise serait résolument politique. Un constat qui s’est vérifié pendant dix jours, de Wild Horse Nine, de Martin McDonagh, à A Bit of Light, d’Ali Asgari; de Dau, d’Ilya Khrzhanovsky, à Naza, de Yuval Abraham et Rachel Szor; de Bunker, de Florian Zeller, à Woman Unknown, de May el-Toukhy, et l’on en passe. En prise sur les questionnements et les angoisses de l’époque, la sélection concoctée par Alberto Barbera n’a cependant que modérément convaincu, seuls une poignée de films illuminant la compétition. Le jury présidé par Maggie Gyllenhaal a eu le bon goût de les distinguer, le palmarès ne manquant pas d’allure en définitive.

En couronnant du Lion d’or Woman Unknown, de la Danoise May el-Toukhy (l’une des deux réalisatrices à peine en compétition), le jury a consacré l’un des films les plus forts et les plus aboutis que l’on ait pu voir cette année sur le Lido. D’une rigueur clinique, le film s’attache, dans le Danemark de l’immédiat après-guerre, au destin de Marie (Mathilde Arcel, récompensée de la coupe Volpi de la meilleure actrice), une domestique sur le point d’épouser son patron, un industriel fortuné, perspective que pourrait compromettre la révélation d’un secret. La trame d’un film austère et puissant portant sur « l’invisibilité des femmes », suivant l’expression de la réalisatrice, tout en traçant un portrait glaçant de la société danoise de l’époque, entre compromissions et chasse aux boucs émissaires. Grand Prix du jury, Possible Love, du réalisateur sud-coréen Lee Chang-dong, aura constitué l’un des sommets de cette Mostra. L’auteur de Burning signe un drame social sinueux, entremêlant avec brio et sens affûté de la mise en scène les histoires de deux couples de condition opposée, pour livrer un constat implacable et grinçant sur la réalité coréenne. Le Lion d’argent du meilleur réalisateur va pour sa part au cinéaste russe Ilya Khrzhanovsky pour le film expérimental Dau, portrait boursouflé mais fascinant de Lev Landau dit Dau, scientifique russe ayant poursuivi, quatre décennies durant, des recherches sur la bombe atomique. Documentaire choc, Naza, du duo israélien Yuval Abraham et Rachel Szor obtient le prix spécial du Jury là où certains lui promettaient le Lion d’or. Le film est sans conteste important, décryptant, témoignages de membres de Tsahal anonymisés à l’appui, la machine de destruction systémique mise en place par l’armée israélienne pour l’annihilation de Gaza, Naza désignant le nombre de victimes collatérales civiles comptabilisées lors d’opérations. Un document décillant et bouleversant auquel le public avait réservé une standing ovation de 25 minutes.

La suite du palmarès est conforme aux attentes : coupe Volpi du meilleur acteur, John Malkovich brille dans Wild Horse Nine, comédie noire de Martin McDonagh où il campe un agent de la CIA sans filtre à la veille du coup d’Etat de 1973 au Chili. Récompensée du prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir, Malou Khebizi impressionne en jeune fille atteinte d’un trouble de la personnalité dans 15/18, immersion dans une unité de soins pédopsychiatriques d’un hôpital public que signe Cédric Kahn. Porté par une formidable Alba Rohrwacher, Un petit soldat, de Stéphane Brizé, obtient un Prix du scénario mérité pour sa description des ravages humains provoqués par la logique entrepreneuriale portée par le système capitaliste. Enfin, on ne se fera faute d’épingler encore le prix du meilleur film obtenu par Un détour par Diane, des réalisateurs belges Ann Sirot et Raphaël Balboni, dans la section Orizzonti.

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