Après L’Odyssée monumentale de Christopher Nolan, en voici une variation inattendue : filmé à hauteur de gallinacé, Cocotte raconte en effet le périple mouvementé d’une poule à qui sa carnation noire vaut d’être écartée de sa batterie d’élevage. Le début de pérégrinations qui la verront embarquée par un camionneur pour en faire une soupe, destin funeste auquel elle échappera sur une aire d’autoroute pour être prise en chasse par un goupil; suite et non fin de ses aventures, puisqu’elle échouera bientôt dans le poulailler d’un resto défraîchi de la mer Egée, établissement borgne couvrant un trafic de migrants. Malmenée par ses congénères peu enclins à partager leur pitance avec un bec supplémentaire, vexée de voir ses oeufs emportés quotidiennement par le propriétaire des lieux, la poule pondeuse va poursuivre sa quête opiniâtre de liberté, tout en devenant la témoin involontaire de la violence sans fin des hommes…
Cette fable curieuse, le cinéaste hongrois György Palfi a choisi de la situer en Grèce, manière limpide de suggérer l’héritage de la tragédie classique. Mise en scène avec une remarquable fluidité, l’odyssée de Cocotte est toutefois limpidement ancrée dans un présent dont le film offre un miroir saisissant. Il y a quelque chose des Temps modernes, de Chaplin, mais aussi de Eo, de Jerzy Skolimowski, dans cette drôle de farce tragique confrontant son héroïne candide (huit poules se sont relayées sous les traits, étonnamment expressifs, de Cocotte) à la brutalité et à la déshumanisation en marche. A quoi Palfi ajoute une touche grinçante et désabusée, bien dans l’air d’un temps désenchanté.
Cocotte
Drame gallinacé de György Palfi. Avec Yannis Kokiasmenos, Maria Diakopanayotou, Argiris Pandazas.