La campagne suisse, au coeur de la Seconde Guerre mondiale. Vivant seule avec son père et ses deux petites soeurs depuis que sa mère adultère – « une mauvaise femme » – est partie à la ville, Emma (Lila Gueneau), une adolescente de quinze ans, est employée de maison chez le pasteur du village (Grégoire Colin), un homme traversant une crise de foi sévère. Discrète autant qu’intelligente, la jeune fille rêve d’entamer des études d’infirmière, perspective que ne pourrait que favoriser le « prix de vertu » que s’apprête à lui accorder le comité de charité local. Un horizon qui va s’effondrer lorsque débarquent deux journalistes de Genève dont l’un, beau parleur, va profiter de sa naïveté pour la séduire avant de la violer, laissant Emma enceinte et en proie à l’hypocrisie de sa petite communauté protestante…
Premier long métrage de la réalisatrice suisse Marie-Elsa Sgualdo, A bras-le-corps adopte les contours d’un récit d’apprentissage douloureux pour mieux parler d’émancipation féminine. La cinéaste a le trait sobre et affûté, faisant dialoguer petite et grande histoire, et questionnant notamment la neutralité helvète tout en donnant au parcours de son héroïne, confrontée aux multiples expressions du patriarcat, une résonance toute contemporaine. Elle infuse aussi joliment son propos de romanesque tandis que s’épanouit à l’écran la personnalité de Lila Gueneau, formidable révélation illuminant ce portrait, tout en nuances subtiles, d’une jeune fille rebelle.
A bras-le-corps
Drame de Marie-Elsa Sgualdo. Avec Lila Gueneau, Grégoire Colin, Thomas Doret, Sandrine Blancke.