Histoire de fantômes thaïs

Davika Hoorne.

Premier long métrage du cinéaste thaïlandais Ratchapoom Boonbunchakoke, A Useful Ghost est une expérience de cinéma insolite. Derrière le « fantôme utile » donnant son titre au film se cache… un aspirateur, la forme adoptée par l’esprit de Nat (Davika Hoorne), une jeune femme victime de la pollution à la poussière, pour se réincarner et se manifester à March (Wisarut Himmarat), son époux inconsolable. De là à ce que reprennent leurs étreintes passionnées, il n’y a qu’un pas, désapprouvé toutefois par la famille de March. Un entourage de notables d’autant moins enclin à accepter leur relation surnaturelle qu’il est lui-même hanté par le fantôme d’un ouvrier dont l’accident de travail fatal a entraîné la fermeture de leur usine. A quoi Nat réplique en leur proposant de se rendre utile, et de nettoyer l’usine (et au-delà) de ses âmes errantes, avec des conséquences pour le moins inattendues…

On le sait depuis Apichatpong Weerasethakul, le cinéma thaïlandais est généreux en fantômes. Ceux que convoque Ratchapoom Boonbunchakoke complètent avantageusement la galerie, spectres électroménagers venus bousculer l’ordre des choses. A l’image d’un film qui, se déployant en récits enchâssés, déjoue toute tentative de classification, glissant de la comédie fantastique à la romance gay; du mélodrame délirant à la satire sociale, et jusqu’au pamphlet politique. Un mouvement que le cinéaste orchestre avec une rare fluidité pour signer une oeuvre n’en finissant pas de surprendre tout en portant, sous couvert d’absurde, un regard acéré sur la Thaïlande contemporaine et ses fantômes. Soit, baigné encore de poésie étrange et habité par la formidable Davika Hoorne, un film aussi original que fascinant.

A Useful Ghost

Comédie dramatique fantastique de Ratchapoom Boonbunchakoke. Avec Davika Hoorne, Wisarut Himmarat.

cote: 4/5

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