A Prayer for the Dying s’ouvre sur le plan spectral d’un homme armé émergeant d’un halo impénétrable. Il s’appelle Jacob Hansen (Johnny Flynn), a survécu à la guerre de Sécession qui ne l’a pas laissé indemne pour autant, continuant à le hanter alors qu’il s’attèle à une nouvelle vie dans une petite bourgade de colons scandinaves du Wisconsin en compagnie de sa femme, Marta (Kristine Kujath Thorp), et de leur fillette, Amelia. Le rêve tourne rapidement au cauchemar lorsque le docteur de la localité (John C. Reilly) détecte un cas de diphtérie, une épidémie menaçant la petite communauté dont Jacob tient lieu de sheriff, de fossoyeur et de pasteur, la proximité d’incendies incontrôlables achevant de rendre l’atmosphère irrespirable.
Présenté dans la section Perspectives dévolue aux premiers longs métrages, le coup d’essai de la cinéaste new-yorkaise Dara Van Dusen se révèle un coup de maître. Adapté du roman éponyme de Stewart O’Nan, A Prayer for the Dying brasse des enjeux moraux et des questionnements profonds (magistralement incarnés par Johnny Flynn et John C. Reilly), tout en jonglant avec les époques, le récit, situé en 1870, résonnant limpidement avec le présent. La réalisatrice lui confère les contours avantageux d’un film de genres, oscillant entre western biblique et survival thriller. Le tout, embrasé par la photographie de Kate McCullough (déjà responsable de celle de The Quiet Girl) et ponctué de diverses audaces de mise en scène. Aussi fascinante que déstabilisante par endroits, une franche réussite, et la première claque de cette Berlinale.