« L’avenir appartient à tous », ne cesse de marteler la propagande gouvernementale dans cette petite ville d’Amazonie. Celui de Tereza (Denise Weinberg) apparaît toutefois pour le moins bouché, elle qui, à l’âge de 77 ans, se voit contrainte de quitter sa maison et son emploi dans l’usine locale de production de viande d’alligator. Direction la « colonie », centre d’hébergement où les personnes âgées sont cantonnées et invisibilisées, histoire de les empêcher de nuire à la productivité de leur descendance. Encore alerte, vaguement revêche, la vieille dame refuse de se soumettre aux injonctions des autorités brésiliennes, embarquant pour une odyssée amazonienne clandestine…
Révélé il y a une dizaine d’années par Neon Bull, le cinéaste brésilien Gabriel Mascaro signe, avec The Blue Trail, un road-movie au féminin aux contours insolites. Inscrivant son récit dans une réalité légèrement décalée où un gouvernement autoritaire entend disposer à sa guise du destin de ses administrés, les ainés en particulier que cette société dystopique est prompte à sacrifier sur l’autel du profit, le réalisateur a le regard critique teinté d’ironie. Il livre surtout une ode puissante à la résistance et à la liberté, incarnées par une héroïne inattendue à qui rencontres – notamment avec Roberta (Miriam Socarras), une autre séniore faisant le commerce de bibles numériques – et épiphanies vont offrir de se réinventer au rythme languissant de l’Amazone. Proposition n’allant pas sans une part de magie mais aussi une facture visuelle et sonore achevant de faire de cette équipée au fil de l’eau une expérience de cinéma aussi envoûtante que stimulante.
The Blue Trail
Road-movie de Gabriel Mascaro. Avec Denise Weinberg, Rodrigo Santoro, Miriam Socarras.