Le pharaon et le président

Lyna Khoudri et Fares Fares.

Acteur le plus adulé d’Egypte, George Fahmy (Fares Fares) est une star de cinéma à l’ancienne, le sourire en bandoulière alors qu’il sillonne les rues du Caire au volant de son coupé vintage, « pharaon de l’écran » dont le charme opère aussi bien sur ses partenaires que sur sa jeune maîtresse, Donya (Lyna Khoudri). Un homme voguant à la surface de l’existence que rien, ou presque, ne semble pouvoir atteindre, jusqu’au jour où son agent l’informe avoir été approché par l’armée afin qu’il interprète le président al-Sissi dans un film de propagande retraçant son accession au pouvoir. Si l’acteur se retranche d’abord derrière ses principes – on ne compose pas avec le régime -, il se voit bientôt contraint d’accepter « une offre qu’il ne peut pas refuser », pour paraphraser le Don Corleone du Parrain. Et de glisser de compromis en compromissions, s’avançant en terrain d’autant plus miné qu’il entame une liaison avec Suzanne (Zineb Triki), la brillante épouse du ministre de la Défense…

Après Le Caire confidentiel et La conspiration du Caire, Tarik Saleh clôture sa trilogie cairote avec Les Aigles de la République, film noir se déployant dans la florissante industrie du cinéma égyptien. Ancré dans une réalité qu’il décale en empruntant à la comédie grinçante – idéalement servie par Fares Fares, monumental dans un emploi ambigu -, le récit est l’occasion pour le réalisateur de questionner les rapports entre artistes et pouvoir, tout en auscultant les mécanismes à l’oeuvre dans un régime corrompu où intimidations, chantage, paranoïa, manipulations et meurtres au besoin constituent la norme. Si le constat qu’il dresse est sans appel, Saleh veille à conserver à l’ensemble la légèreté bienvenue d’un film de genre, pour signer, intrigue tortueuse et casting quatre étoiles à l’appui, un régal de thriller à l’efficacité aussi glaçante qu’imparable.

Les Aigles de la République

Thriller politique de Tarik Saleh. Avec Fares Fares, Lyna Khoudri, Zineb Triki, Cherien Dabis, Amr Waked.

cote: 4/5

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