Ex légionnaire à la dérive, Skender (Niels Schneider) voit un jour réapparaître un ancien compagnon d’armes, Max (Ramzy Bedia), qui lui propose un étrange marché : accepter de servir de gibier pour une chasse à l’homme programmée dans six mois dans les Carpates par sa patronne, « Madame » (Linh-Dan Pham), une veuve fortunée en mal de sensations fortes. Moyennant quoi il touchera un salaire juteux en cas de survie, une rente colossale devant revenir à sa famille qu’il a depuis longtemps négligée dans l’hypothèse plus probable de sa mort. Le deal conclu, une longue attente peut commencer, Skender, fort de l’avance perçue, se rappelant au bon souvenir de ses proches, sa femme Manon (Deborah François) et leurs enfants…
Adapté par Lucas Belvaux de son roman éponyme, Les Tourmentés débute comme une variation sur Les Chasses du comte Zaroff, film-culte réalisé par Ernest Schoedsack à l’orée des années 30. Le point de départ est intrigant; le cinéaste belge s’intéresse toutefois moins la chasse à l’homme qu’aux circonstances y ayant conduit et aux blessures intimes qu’elle va avoir le don de raviver, avec en filigrane cette question lancinante, et les enjeux moraux qu’elle soulève : ça vaut quoi, la vie d’un homme ? S’ensuit un thriller psychologique passionnant, sondant les sentiments des protagonistes de ce pacte faustien tout en s’érigeant en métaphore d’un monde à l’humanité vacillante. Un propos que Belvaux met en scène avec une froide et implacable sécheresse, et auquel ses comédiens prêtent, en plus d’une appréciable opacité, une intensité rare – Ramzy Bedia le premier, qui s’avère parfait dans un contre-emploi. Pour un résultat éminemment troublant.
Les tourmentés
Thriller de Lucas Belvaux. Avec Niels Schneider, Ramzy Bedia, Linh-Dan Pham, Deborah François.