L’ineffable beauté du kabuki

Ryô Yoshizawa et Ryûsei Yokohama

Plongée dans l’art traditionnel du kabuki, Kokuho s’est érigé en véritable phénomène culturel au Japon, attirant plus de 12 millions de spectateurs, et devenant le plus grand succès d’un film en live-action. Sang-il Lee, réalisateur connu notamment pour Unforgiven, remake du chef-d’oeuvre de Clint Eastwood, y adapte le roman éponyme de Yoshida Shûichi, paru en 2018. Débutant à Nagasaki au milieu des années 60, l’histoire gravite autour de Kikuo, le fils du chef d’un gang de yakuzas qui, à la mort violente de son père, est confié à Hanjiro Hanai, un acteur de kabuki élevé au rang de « trésor national vivant ». Aux côtés de ce dernier et de son fils Shunsuke, Kikuo entame l’apprentissage exigeant de l’art des onnagata, les acteurs masculins interprétant les rôles féminins dans la tradition du kabuki. Mais alors que Kikuo montre mieux que d’évidentes dispositions, la règle ancestrale veut que seul le fils d’un acteur puisse lui succéder dans cet emploi prestigieux…

Embrassant plusieurs décennies, la trame de Kokuho emprunte largement au mélodrame familial, l’amitié émulatrice entre les deux jeunes gens se muant au fil du temps en rivalité toxique aux conséquences multiples. Sang-il Lee réussit toutefois à transcender ce contexte somme tout convenu en jouant magistralement de la porosité entre ce quotidien et les classiques du théâtre kabuki, Les Demoiselles du temple, La fille héron et autres, dont il fait le miroir des états d’âme des protagonistes. S’appuyant sur la finesse de la reconstitution et la maîtrise de la mise en scène, l’immersion dans cet art immuable mais néanmoins intemporel se décline dès lors en une succession de tableaux sublimes auxquels Ryô Yoshizawa, dans le rôle de Kikuo, et Ryûsei Yokohama, dans celui de Shunsuke, prodigieux, apportent trouble et intensité. Ne reste au spectateur de cette vaste fresque qu’à se laisser submerger par tant de beauté. Une somptueuse révélation.

Kokuho (Le maître du Kabuki)

Drame de Sang-il Lee. Avec Ryô Yoshizawa, Ryûsei Yokohama, Ken Watanabe.

cote: 4/5

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