C’est au son de What a Wonderful World version Ramones que s’ouvre Un bon petit soldat, le nouveau film de Stéphane Brizé. Ce « monde merveilleux », c’est celui dans lequel évolue Carla Moretti (Alba Rohrwacher), tout juste engagée comme responsable du département Ressources Humaines d’une grande compagnie d’assurances de la Défense. Et chargée de reprofiler l’image de la firme, campagne de com opportuniste à l’appui, tout en tentant de concilier les objectifs de performance de ses employeurs – incarnés par Arnaud Bonorat (Vincent Lindon), PDG charismatique et cynique – avec le bien-être des salariés. Une mission à laquelle elle est entièrement dévouée, y sacrifiant sa vie privée au point de ne plus avoir de contacts avec son fils Louis (Adrien Bobinet), en galère scolaire, que par Facetime. Moment où, à l’occasion d’un « atelier du bonheur » organisé dans l’entreprise, Carla découvre une situation de management toxique dans l’un services dont elle a la responsabilité, ses certitudes s’en trouvant ébranlées…
Avec Un bon petit soldat, Stéphane Brizé renoue avec le monde du travail qu’il avait déjà ausculté dans la trilogie La loi du marché, En guerre et Un autre monde. Si l’environnement est familier, le réalisateur réussit pourtant à se renouveler, s’appuyant sur un scénario millimétré pour disséquer la logique cynique présidant, derrière les discours ronronnants, au monde de l’entreprise en général et à la gestion des ressources humaines en particulier, la course à la performance l’emportant sur toute autre considération. Un constat auquel il réussit à conférer une dimension à la fois clinique et humaine, en observant comment cette logique entrepreneuriale aspire la nouvelle recrue – exceptionnelle Alba Rohrwacher, à qui le prix d’interprétation semble promis -, jusqu’à déborder dans sa sphère intime. Pour un résultat tout simplement vertigineux.