Présenté dans la section Orizzonti de la Mostra, The Girl with the Leica, de la cinéaste italienne Alina Marazzi, s’attèle à un portrait de la photographe de guerre allemande Gerda Taro (née Gerta Pohorylle), compagne et alter ego artistique de Robert Capa (dont elle avait trouvé le pseudonyme). Une femme trop longtemps invisibilisée après sa disparition tragique, le 26 juillet 1937 à l’âge de 26 ans à Brunete, près de Madrid, alors qu’elle documentait la guerre d’Espagne en première ligne. Son film, la réalisatrice l’a voulu à rebours des clichés du biopic : adaptant l’ouvrage éponyme de Helena Janeczek, elle propose de Gerda Taro (Emilia Schüle, impressionnante) un portrait fragmenté, dévidant une mosaïque de fils narratifs au départ de la dernière journée parisienne de la photographe avant son retour fatidique sur le front. A quoi elle greffe habilement archives et extraits de films d’époque – Terre d’Espagne, de Joris Ivens, ou L’Atalante, de Jean Vigo – pour composer un long métrage hybride où un destin intime résonne avec la grande Histoire.
Brillant dans sa forme, The Girl with the Leica rend aussi justice à Gerda Taro, la dépeignant en femme libre, indépendante et moderne, en plus de l’artiste engagée – elle avait l’antifascisme chevillé à l’objectif de son Leica – et accomplie que la postérité a tardé à reconnaître. Du couple Taro/Capa, c’est ce dernier qui attirera la lumière en effet, et il faudra attendre la redécouverte des négatifs de la photographe à Mexico dans les années 90 pour qu’elle échappe à l’oubli. Le film d’Alina Mazzari lui rend la place lui revenant de droit, tout en célébrant l’élan de la jeunesse – entre Leipzig et la naissance de Gerda à l’activisme, et Paris, où elle rayonne dans son cercle d’exilés ayant fui l’Allemagne nazie – et le pouvoir du collectif. Gerda Taro considérait son Leica comme un outil de résistance et de liberté. C’est peu dire que, en ces temps incertains, sa figure apparaît toujours particulièrement inspirante.