Avec Ink, le nouveau film de Danny Boyle, la 83e Mostra s’est offert une ouverture en mode survolté. Le réalisateur britannique y revient sur un épisode « fondateur » de la presse moderne situé en 1969, lorsque, après avoir racheté le Sun, le tycoon australien Rupert Murdoch (Guy Pearce) devait s’associer au journaliste Larry Lamb (Jack O’Connell) pour remodeler le journal et changer dans la foulée le paysage médiatique britannique. Une histoire que Boyle aborde comme un film de casse, avec le recrutement d’une rédaction composée de spécialistes, indésirables pour la plupart, avec qui Lamb va s’atteler à faire main basse sur Fleet Street, s’attirant les faveurs d’un lectorat populaire sans trop d’égards pour les moyens. Il s’attarde ensuite sur le profil de ce rédac’ chef aussi visionnaire que dénué de scrupules, prêt à caresser le lecteur dans le sens du poil – la ligne éditoriale tient en trois mois, Free, Win, Love –, l’éthique et la déontologie en berne. Et tant pis si la concurrence l’étrille, les chiffres lui donnent raison, qui voient les ventes du tabloïd connaître une croissance exponentielle…
Cette success-story, Boyle l’embrasse avec vigueur, s’appuyant sur une bande-son tonitruante et recourant à un montage et une mise en scène frénétiques – on est bien ici chez le réalisateur de Trainspotting, qu’il cite d’ailleurs littéralement dans une scène. Le résultat est tour à tour ébouriffant, drôle et édifiant, le Sun amorçant un tournant majeur dans l’histoire des médias, en ouvrant notamment la voie aux réseaux sociaux et autres fake news. Une dérive que Boyle dépeint en mode roller coaster, ne s’embarrassant pas toujours de finesse, mais signant un film sans conteste efficace.