Father s’ouvre sur un plan séquence en forme de raccourci saisissant de l’époque : un homme en finit de son jogging matinal, enquille douche, échanges éclairs avec son épouse et recherche du doudou de sa fille, puis monte dans sa voiture non sans y avoir installé un nouveau siège enfant, direction son bureau, avec détour par la crèche. Cet homme pressé, c’est Michal (Milan Ondrik), et avec sa femme Zuzka (Dominika Moravkova) et Domi, leur fillette de deux ans, ils composent une famille heureuse, même si toujours sur la brèche. Ainsi par ce matin caniculaire quand, ses pensées absorbées par une importante réunion de travail, il omet de déposer la petite à la garderie tout en étant persuadé du contraire, ne remarquant pas qu’elle est restée sur le siège arrière alors qu’il est arrivé à destination. Quelques heures plus tard, un appel paniqué de sa femme lui fait réaliser sa tragique méprise, la fillette étant entre-temps décédée d’un choc thermique…
Négligence coupable ou faille de la mémoire ? Inspiré de faits réels, Father, le troisième long métrage de la cinéaste slovaque Tereza Nvotova, s’empare de cette question avec finesse, refusant de juger sommairement son protagoniste central avec la vox populi. A quoi la réalisatrice préfère une approche organique, procédant par plans séquences immersifs pour coller au plus près d’un personnage rongé par la culpabilité – stupéfiant Milan Ondrik – et s’immiscer au plus profond de la déflagration intime qui les ébranle, lui et son couple. Non sans chercher à comprendre le processus à l’oeuvre en convoquant le « syndrome du bébé oublié », pour livrer un film qui, au-delà d’un tour de force formel, vaut par son humanité et son empathie.
Father (Otec)
Drame de Tereza Nvotova. Avec Milan Ondrik, Dominika Moravkova, Ingrid Timkova.