Dupieux, jusqu’au vertige

Jonathan Cohen et Alain Chabat.

Cinéaste prolifique, Quentin Dupieux n’en finit plus de produire, à raison de un voire deux par an, des films qui sont autant de prototypes. Ainsi du dernier en date, Le Vertige, film d’animation en 3D adoptant l’esthétique vintage des jeux vidéo de la fin des années 90 pour brasser des questions existentielles. Tout commence lorsque Jacky (Alain Chabat) débarque sur le coup de 5h du matin chez son ami Bruno (Jonathan Cohen) porteur, lui annonce-t-il, d’une nouvelle d’une importance capitale : « Le monde dans lequel nous vivons n’est pas réel, on est dans une simulation. » Et d’ajouter, pas peu fier de son effet, « J’ai craqué le système ». D’ailleurs, les bugs s’accumulent : Fabienne (Anaïs Demoustier), la femme de Bruno, vient d’accoucher debout d’un bébé dénué de cordon ombilical; la boulangère du coin présente huit doigts à chaque main; un pigeon vole en faisant du surplace, soit quelques aberrations parmi d’autres…

Il y a dans Le Vertige un côté bricolo à rebours de l’air du temps technologique en tout point réjouissant. Dupieux s’appuie sur un dispositif bancal fait de décors urbains grossiers et des personnages pixélisés ressemblant vaguement aux acteurs qui les interprètent pour déployer sa mécanique existentielle. Si la réflexion ne s’encombre pas toujours de finesse, la parodie fait régulièrement mouche, infusant une comédie tour à tour absurde ou incisive. Pour un résultat aussi savoureux que grinçant, objet bizarroïde astucieux et audacieux que le réalisateur veille en outre à ne pas étirer au-delà du raisonnable : 1h07, bêtisier inclus.

Le Vertige

Film d’animation de Quentin Dupieux. Avec les voix d’Alain Chabat, Jonathan Cohen, Anaïs Demoustier, Jean-Marie Winling.

cote: 3/5

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *