Par une journée maussade d’octobre 2009, trois hommes blancs, un propriétaire terrien flanqué de deux anciens policiers, débarquent armés dans la province de Tucuman, au nord de l’Argentine, pour revendiquer les terres ancestrales de la communauté indigène Chuschagasta. Rapidement, les discussions s’enveniment, l’un des trois hommes abattant un des leaders autochtones, Javier Chocobar. Le meurtre est filmé en vidéo, il faudra toutefois attendre 2018 pour que s’ouvre le procès des agresseurs, après 9 ans d’impunité et des siècles d’histoire coloniale.
Cette histoire, la cinéaste argentine Lucrecia Martel, autrice notamment de La Cienaga et La Mujer sin Cabeza, s’en empare aujourd’hui dans un documentaire d’une force et d’une acuité rares. Jonglant avec des supports différents – vidéo, archives photographiques, images du procès tournées par ses soins… -, elle s’appuie sur un montage savant pour imbriquer le drame contemporain et la vie de cette communauté amérindienne. Et embrasser, à rebours du récit officiel, un horizon plus vaste, où la dépossession des terres est l’expression d’une histoire coloniale n’en finissant pas de repasser les plats. Pour signer un grand film humaniste et politique, à la mise en scène aussi acérée que le propos. Magistral.
Nuestra Tierra
Documentaire de Lucrecia Martel.