Six ans après A Tale of Three Sisters, le cinéaste turc Emin Alper retrouvait la compétition berlinoise avec Salvation, son cinquième long métrage. Situé dans un village de montagne kurde à l’est de la Turquie, au coeur d’une région longtemps en proie au terrorisme, le récit gravite autour de deux tribus, les Bezaris et les Hazerans. Alors que les premiers étaient déplacés, les seconds restaient garder le village, s’appropriant les terres fertiles de la vallée abandonnées par leurs anciens voisins. Le retour de ces derniers une fois le conflit armé apaisé va raviver des tensions ancestrales, avec la possession des terres pour enjeu. Car si Ferit, le sheikh à la tête des Hazerans, prône le dialogue et la cohabitation, son frère Mesut ne l’entend pas de cette oreille, profitant de la crédulité et de la peur des villageois pour attiser le feu de la colère et la haine, ouvrant ce faisant la boîte de Pandore…
Emin Alper a trouvé l’inspiration pour Salvation dans un fait divers sanglant survenu dans le Kurdistan turc en 2009. Il a puisé dans cette histoire de vendetta villageoise la matière d’un drame empruntant aux codes et à l’esthétique du cinéma de genre – le cinéma d’horreur, en particulier – pour filer une métaphore politique limpide. Inscrit dans la réalité locale, Salvation déborde en effet du seul cadre turc pour suggérer un horizon plus vaste, les autocrates et génocidaires de tout poil en ligne de mire. Un propos à la résonance assourdissante auquel Alper confère une expression cinématographique puissante, au confluent du réel et du surnaturel. Franche réussite, ce conte affolant est un prétendant sérieux à l’Ours d’or.