Vingt-et-un ans séparent Take Out et Left-Handed Girl, les deux longs métrages réalisés par Shih-Ching Tsou, cinéaste taïwanaise installée de longue date aux Etats-Unis, et s’étant fait connaître comme coproductrice des films de Sean Baker, de Tangerine à Red Rocket. Lequel s’est généreusement investi en retour dans le projet de sa collaboratrice dont il est le coproducteur, le scénariste et le monteur. Left-Handed Girl n’en est pas moins un film éminemment personnel, qui voit la réalisatrice opérer un retour aux sources sur les traces de Shu-Fen (Janel Tsai), une mère célibataire revenant à Taipei avec ses deux filles, I-Ann (Shih-Yuan Ma), une grande adolescente rebelle, et I-Jin (Nina Ye), une fillette de cinq ans – la « gauchère » qui donne son titre au film -, pour y ouvrir une petite cantine dans un marché nocturne. L’adaptation à leur nouvelle vie ne va pas sans heurts, chacune tentant à sa manière de composer avec un quotidien précaire, la jungle d’une société patriarcale et les non-dits familiaux…
S’inspirant de ses souvenirs d’enfance, quand son grand-père lui intimait de ne pas se servir de sa main gauche car c’était celle du diable, Shing-Ching Tsou signe un film kaléidoscopique convoquant une myriade de sensations et d’émotions dans la luminescence de la nuit de Taipei. Entièrement filmé sur un iPhone, Left-Handed Girl ne se départit pas d’un sentiment d’urgence tandis que le récit serpente d’un personnage à l’autre en même temps que dans les méandres de leur histoire familiale. Brossant un portrait au féminin pluriel embrassant trois générations, la réalisatrice le double de celui, en creux, de la société taïwanaise et de ses mirages. Pour livrer, portée par l’énergie de la ville et de ses comédiennes, une proposition de cinéma sensible et sensorielle à l’élan durablement enivrant.
Left-Handed Girl
Drame de Shih-Ching Tsou. Avec Janel Tsai, Nina Ye, Shih-Yuan Ma, Brando Huang.