« Il pleut des pierres sept jours sur sept quand tu es ouvrier ». Empruntant son titre à ce constat désabusé, Raining Stones voyait Ken Loach s’atteler, en 1993, à la radiographie de l’Angleterre des années Thatcher. Ancré dans une banlieue populaire de Manchester, le récit accompagne Bob Williams (Bruce Jones, épatant de naturel), chômeur courant les petits boulots et les combines foireuses avec son pote Tommy (Ricky Tomlinson) afin de subvenir aux besoins de sa petite famille. Un homme ayant sa fierté et qui, voulant impérativement acheter une robe neuve pour la communion de sa fillette, Colleen, va se trouver aspiré dans la spirale du surendettement, avec des conséquences funestes…
Tragi-comédie sociale de haut vol, Raining Stones s’attache aux déclassés du libéralisme, le film dépeignant avec un réalisme dénué de misérabilisme la précarité au coeur de la société britannique. Loach a la caméra empathique, racontant, sur un soundtrack lancinant de Stewart Copeland, la dignité préservée et la solidarité réinventée de ses protagonistes. Si son propos est résolument engagé, il y injecte aussi cet humour qui est resté sa marque de fabrique, irriguant jusqu’à The Angel’s Share ou I, Daniel Blake. Prix du jury à Cannes en 1993, Grand Prix de l’UCC quelques mois plus tard, Raining Stones reste l’une des réussites majeures du cinéaste, sans avoir rien perdu de son acuité. Le film ressort en salles. C’est un must.
Raining Stones
Comédie dramatique de Ken Loach. Avec Bruce Jones, Julie Brown, Ricky Tomlinson. 1993.